Une randonnée magnifique
On a donc pris tôt le matin, la route vers Pilão Cão, un petit village dans les terres à environ 5 km de Calheta. A 6h30 du matin, l'activité commenca, les coqs ont fini de chanter et le va et vient incessant des Aluguers qui partent et reviennent en criant "Praia dirétou!!" (comprenez direction Praia en voiture!!) C'est le rythme le début d'une journée typique d'une petite ville de l'intérieur loin de la capitale. Praia est le centre névralgique où l'on y va pour acheter et vendre des produits, se soigner, faire une énième tentative de visa pour s'expatrier etc..
Il faut bien compter 35 minutes de marche pour atteindre Pilão Cão, un village vraiment typique de l'intérieur pris dans le creux de deux montagnes. Les maisons sont faits de pierres colorés mais l'isolement et la pauvreté des habitants caractérisent se village qui semble se développer par ci par la avec les nombreuses maisons flanquées dans les collines.
Nous avons fait une pause chez "Nha Térésa de Mete" pour se rafraîchir et respirer un peu l'air du coin, avant de continuer jusqu'a " Ponta do Talho " l'extrémité du village. A cet endroit le panorama sur la Ribeira São Miguel est magnifique, on aperçoit au loin des ânes transportant de l'eau et remontant la montagne.
L'activité d'aller chercher l'eau au fond de la vallée mais aussi des brindilles pour faire le feu fût autrefois une activité essentielle des habitants, il y a une dizaine d'années. Les sécheresses successives n'ont pas eu raison de ce peuple qui brave la montagne pour chercher les éléments de sa propre subsistance. Ce temps ne semble pas révolu. Les plus pauvres continuent cette activité ne disposant pas assez de fonds pour avoir du gaz en bouteille ou d'acheter de l'eau au Xafariz. On raconte aussi que les montagnes de Pilão Cão abritent une des populations les plus authentiques du Cap Vert. Ces populations sont descendues des " matos " et de la " serra Malagueta " qui fût autrefois un lieu de refuge des esclaves qui avaient pu échapper des tyrans portugais.
Après "Ponta do Talho", notre direction s'orienta vers Mato Correia, un petit bourg surplombant la vallée de Pilão Cão. Le chemin pour y accéder est étroit et difficile mais c'est un lieu de passage connu pour atteindre la Ribeira Gongom à un peu plus de 1,5 km plus bas, de l'autre côté de la montagne. Des aptitudes à la randonnée sont nécessaires pour franchir les obstacles.
Ribeira Gongom
Le chemin que nous avons emprunté, nous donne des vues incroyables de cette nature imposante et sauvage. Nous rencontrons sur notre agréable mais fatigante promenade, un point d'eau pour se rafraîchir au milieu de quelques vaches, des locaux remontant la montagne avec au-dessus de leur tête, des paniers remplis de provisions, des bergers sur leur âne de course, et curieusement des macaques perchés dans les hauteurs qui à leur tour nous observent. On se demande bien comment ils ont bien pu venir sans qu'on les y aient emmenés.
Nous arrivons à Ribeira Gongom une petite vallée où l'eau semble couler à flot à longueur d'année. Les maisons toujours perchées dans les collines, la Ribeira est verte et on y cultive des bananes, de la canne à sucre, des papayes, et d'autres fruits et légumes exotiques. Le climat s'est rafraîchit à l'approche de la verdure. La profondeur de la vallée tient lieu de caisse de résonance. Les gens communiquent en criant au loin. On a l'impression d'assister à un chant à refrains.
Dans notre "quête de la capverdianité" nous remontons la Ribeira jusqu'à atteindre la dernière maison située en haut de la montagne. Je me suis toujours demandé pourquoi les capverdiens construisaient des maisons dans des endroits si difficile d'accès. Perché dans les montagnes se sentirait-on en sécurité loin du monde ? La réponse vient sûrement des avalanches de boues et de terres lors des gros orages car Il ne fait pas bon d'avoir une maison en contre bas.
Extracto de "Carnets de voyage: En route pour Tarrafal de Christophe - 1999" www.capdiscovery.com